Paradoxes du visible

Les photographies de Pascal Poulain, issues de deux séries La réserve et Le Grand Parc, résistent à toute interprétation. Ces images miment des mises en scène et par conséquent amènent le doute quant à leur nature. Le choix de Sans titre affirme cette distance à l’égard du sujet, le parc à thème, seulement précisé entre parenthèses. L’artiste photographie des apparences et des simulacres, des objets à l’extérieur de l’être qui malgré leur proximité troublent la re-connaissance. De quel lieu s’agit-il ? À quel événement se rapporte l’image ? Quel sens donner à la présence de l'artefact animal ?
L'objet du travail de Pascal Poulain, dans ce décalage entre le signifiant (ce que l'on perçoit de l'image) et le référent (ce que représente l'image), est d'interroger notre rapport à la représentation du monde réel tout en l'excluant. L'image en tant que telle ne donne rien à comprendre, elle masque un contenu latent en rapport avec notre consommation d'images qui d'une certaine manière structure notre rapport à un réel. À ce propos, Jean Baudrillard écrivait : « L'image crée un vide, elle vise une absence - par là elle est "évocatrice". Mais elle est un faux-fuyant. Provoquant un investissement, elle le courtcircuite au niveau de la lecture. Elle fait converger les velléités flottantes sur un objet
qu'elle masque en même temps quelle le révèle. »3 Les oeuvres de Pascal Poulain amènent deux niveaux de critique : le premier sur le photographique lui-même, sur cet instant décisif à mémoriser ; le second s’affirme comme une dénonciation de la société du spectacle : au-delà du divertissement, quel est l'enjeu de ces mises en scène ou reconstitutions, réels palimpsestes de l’histoire, dans lesquelles, fiction et discours politique se superposent ? Parce que statiques et sans présence humaine, offrant l'image de restes de lendemains de fêtes, voire de ruines, ces photographies sont le signe d'une mémoire "spectacularisée" au sein de laquelle l'élément rebelle, celui qui résiste au sens
et à la logique de l'image, amène le paradoxe. Et si l'humour est souvent convoqué, jamais très loin, devant ou derrière l'image, c'est bien parce qu'il est, selon Deleuze, « l'art des surfaces et des doublures »4.
Le langage photographique implique une problématique de l’image au-delà du sujet.
3 Jean Baudrillard, Le système des objets, Paris, Gallimard, 1968, p. 247.
4 Gilles Deleuze, Logique du sens, Éditions de minuit, collection "critique", Paris, 1969, p.166.

Sylvie LAGNIER
Mai 2012