EFFRACTION

Surexposer la réalité : c’est ce à quoi s’emploie Pascal Poulain en développant un travail où l’image tend constamment vers l’objet. Nombre de ses images récentes mettent en crise les discours autoritaires émanant du monde de la communication, dans une tentative de réappropriation de signes prélevés dans le réel.
Pour l’exposition, ma bétonneuse, ton avion, son car à art3, il procède à une mise en tension de l’espace d’exposition par l’image-même. Modélisation de véhicule, l’image vectorielle qu’il invente reproduit les formes profilées d’un bus de tourisme. Lors de sa conception sur ordinateur, comme lors d’une simulation, cette image dessinée est hybridée à des images photographiques pour la figuration de ses surfaces vitrées; Image maquettaire renvoyant tant au monde du jouet qu’à celui de l’ingénierie industrielle, elle accède à un statut inédit par son support d’impression ainsi que son format .Agrandie à l’échelle 1 et tirée sur une bâche micro-perforée, elle se présente comme l’enveloppe d’une carrosserie, à la façon de ces supports publicitaires utilisés pour camoufler l’objet sous le voile du message commercial.
Panoramique monstrueux, l’image monumentale du bus développe sa face, son flanc et son cul sur seize mètres de long et près de quatre mètres de haut.
Comme une maquette articulant sur un support bi-dimensionnel les différentes faces d’un objet pour, une fois découpée, pliée et volumétrisée, proposer une représentation tri-dimensionnelle de son modèle.
Mais dans son mimétisme forcené à son référent, l’image remet en cause l’espace auquel elle est pourtant destinée.Comme inappropriée, l’image doit se contorsionner pour être contenue. Pliée aux angles des mursj s’étendant jusqu’au plafond, elle cherche une justesse dans un lieu non dimensionné à son soudain gigantisme.
Pascal Poulain met en place une stratégie de l’hypertrophie. Le spectateur est contenu dans l’espace de l’image. Une image qui outrepasse tous ses formats connus aupréalable. Comme une application à l’objet de l’idée borgésienne d’une carte représentant un territoire à l’échelle1 et le recouvrant donc entièrement.
Il ne saurait plus être question ici d’une “‘forme-tableau”- devenue caduque par son caractère académique - de l’image photographique , mais de son irruption spectaculaire dans un espace dont elle chercherait à s’affranchir en l’excédant. Une effraction de l’image dans l’espace du réel.

Pascal Beausse

« Ma bétonneuse, ton avion, son car »,Valence, Art 3, (plaquette) déc 2000